Une sélection qui se mérite
L'accès à l'école de recrues pour sportifs d'élite n'est pas automatique. Chaque fédération sportive dispose de critères précis : en plongeon, nous pouvons avoir deux athlètes. Ma très bonne saison 2023 m'a donné un avantage dans ce processus. La fédération fait ensuite la demande à l'armée et à Swiss Olympic, et après toutes les procédures, on reçoit la réponse. J'ai eu la chance d'être sélectionné.
Comme tous les Suisses, j'ai d'abord dû passer par le recrutement classique. Mais sur place, le programme est bien différent d'une école de recrues traditionnelle.
Trois semaines de vie militaire, puis le sport
Le programme commence par trois semaines d'école de recrues classique : école de section, découverte de l'armée, une nuit dehors, une marche. Un avant-goût de la vie militaire. Suivent trois semaines dirigées sur notre future carrière, où l'on apprend à gérer nos réseaux sociaux, à faire des posts sur Instagram, à s'auto-gérer.
Le reste des 18 semaines est entièrement consacré à l'entraînement, soit à la base militaire de Macolin, soit à domicile si c'est plus avantageux. « C'est vraiment axé sur la performance et je pense que c'est le moyen que l'armée a trouvé en Suisse pour soutenir au mieux les athlètes. »
Une nuit dehors, des amitiés pour la vie
Mon souvenir le plus mémorable en tenue militaire ? La marche, sans hésiter. « C'est un peu la fois où on a le plus vécu l'armée. On était vraiment tous ensemble, on rigolait, on a dormi dehors. » Une expérience que je n'aurais jamais faite de moi-même — je suis un mec de la ville, pas un grand campeur.
« Je pense que c'est dans des moments un petit peu inconfortables où on lie vraiment les plus grosses amitiés. » Personne n'avait d'entraînement ce soir-là, on était tous au même endroit, au même moment, avec le temps de discuter.

Ce que l'armée m'a appris : ponctualité et rigueur
Au-delà du sport, l'école de recrues m'a apporté quelque chose d'inattendu : la discipline. Se réveiller tôt, être à l'heure, être disponible tout de suite. « La ponctualité que nous apprend l'armée, je pense que c'est quelque chose que les athlètes doivent des fois apprendre. Et moi, je n'étais pas le plus ponctuel. »
Il y a des moments où on n'a pas envie de faire les exercices militaires, mais on est obligé. Cette rigueur, même si on n'y a « que goûté », reste un vrai avantage.
Des conditions d'entraînement optimales
Contrairement à une armée classique, j'ai pu m'entraîner dès les premières semaines, sans coupure. Cela m'a permis de maintenir mon niveau même pendant les exercices et les formations.
Et surtout, à Macolin, la récupération est optimale : bains chauds, bains froids, masseurs, physios — tout est disponible. « La récupération, on en parle des fois pas assez. C'était vraiment un gros avantage. » Être « professionnel » pour la première fois, cela montre aussi qu'on aime vraiment ce milieu, qu'on est fait pour ça.
Jamais seul : la force du collectif
Ma collègue plongeuse Laina Remund était blessée pendant l'école de recrues, mais avoir un visage connu sur place les premières semaines fait du bien quand on arrive un peu perdu. À Berne, je m'entraînais aussi avec Michelle Heimberg, ancienne militaire, et j'avais l'opportunité de retrouver mon groupe de base à Lausanne.
Pour la condition physique, je m'entraînais avec mon partenaire de chambre, Laurent Joliat, joueur de badminton. Et pour la récupération, on se retrouvait avec les autres recrues : Justin Fournier, Chloé Rabac, Diego Erbeta, Emma Van Camp — plein de sports individuels réunis au même endroit.
Le hasard fait bien les choses
L'histoire avec Laurent mérite d'être racontée. Lui vient du Jura, moi de Fribourg. On s'est retrouvés au gymnase Auguste Piccard à Lausanne, puis dans la même chambre au centre sport-études. On a fait les démarches pour l'armée chacun de notre côté, tous les deux retenus. Et en recevant nos cartes à l'arrivée : même chambre, encore une fois. « C'était juste le hasard, il était fou. »
Maintenant il est à Berne et moi je continue à Lausanne, donc ce sera plus compliqué. Mais on verra ce que l'avenir nous réserve.